Le patrimoine hospitalier exhumé à Rennes

Avez déjà entendu parler de Patrimoine hospitalier ? A notre époque, chose que Prosper Mérimée n’aurait peut-être pas imaginé, nous commençons à reconnaître l’importance du patrimoine immatériel, du patrimoine industriel et scientifique pûr… Il est temps d’admettre que le patrimoine n’est pas seulement fait de châteaux et que des sujets moins ragoûtants ont peut-être plus à nous apprendre… En voici un exemple !

Préventorium des filles
Pontchaillou (non datée)

 Depuis septembre 2011, un conservatoire du patrimoine hospitalier associatif (Le CPHR) a investi les locaux désaffectés de l’Hôtel Dieu et accueille les curieux ayant envie de venir voir ce qui se passait derrière ces portes blanches, du XIXème siècle aux années 60

Générateur de rayons X

J’ai été reçue par Annic’k Le Mescam, présidente de l’association, et Josette Duthoit-Dassonville, secrétaire de l’association, toutes deux vétérantes du milieu hospitalier rennais. En plusieurs décennies de carrière, elles se sont aperçues de la rapidité de l’évolution des techniques de soin et ont pris conscience de l’importance de préserver un patrimoine aussi délétère. La chose la plus évidente est que les instruments médicaux se sont améliorés et sont devenus beaucoup plus performants. En revanche, ce que l’on a tendance à oublier, c’est que les dispositions du personnel vis-à-vis des patients, ainsi que la relation des différents corps de métier entre eux (les infirmières, médecins, menuisiers, peintres ou serruriers rattachés à l’hôpital), ont évolué de pair.

Comme le rappelle Annic’k Le Mescam, il n’y a pas si longtemps, un patient qui entrait pour une opération de la vésicule était hospitalisé pour 16 à 21 jours. Aujourd’hui on le libère le jour même de l’opération. Aussi l’aspect humain y a perdu au bénéfice de la technologie, et les relations ne sont plus de même nature. C’est pourquoi il est au cœur des préoccupations de l’association de collecter des témoignages d’anciens patients, ou d’anciens membres de la communauté médicale, afin de transmettre les valeurs qui accompagnaient également ces savoir-faire, et de réaffirmer l’identité hospitalière.

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Poumons d’acier (utilisé en cas de paralysie du système respiratoire)

D’ailleurs nos deux hôtesses ont en tête plusieurs projets qui permettraient de comprendre le pas qui a été franchi, parfois très récemment. Elles pensent notamment à une collecte de témoignages d’anciens malades de la Poliomyélite (Polio pour les intimes, maladie dévastatrice dont le vaccin, inventé dans les années 60, révolutionna le monde de la santé), également à travailler sur la première greffe de foie effectuée à Rennes (dans les années 80 !), ainsi que sur la découverte des premiers cas de Sida dans notre région, également dans les années 80…

Si on est allé aussi loin en 30 ans, il est facile d’imaginer les progrès accomplis depuis le 19ème siècle !

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à l’arrière plan : microscope ayant appartenu à la première femme médecin à Rennes!

L’association a réussi à réunir une collection plus qu’impressionnante de pièces liées de près ou de loin aux pratiques médicales passées, des couveuses aux poumons d’acier (à ne pas confondre avec une veuve de fer), des uniformes d’infirmières aux camisoles, des seringues à cocaïne (médicinale bien sûr) aux tubes de lavement, du forceps au speculum pour vierge, en passant par les œuvres d’art en lien avec le milieu hospitalier ou les premiers appareils de radiographie qui ont tout l’air de sortir d’un musée de la torture…

Le tout a été collecté uniquement grâce aux dons de certaines institutions (le CHU, la Faculté de Médecine, la Faculté dentaire…) mais aussi de particuliers, qui viennent apporter à cet édifice, une partie de leur propre histoire. Cela leur permet de créer une dynamique intergénérationnelle, et un véritable lien social à l’image de l’hôpital qu’ils ont connu, pour commencer à raconter l’histoire de la santé en Bretagne.

Tour dentaire à pédale

L’association regroupe 77 adhérents, tous bénévoles, dont le but commun est de créer un asile où matériel médical puisse être conservé, et surtout réanimé. La mission première du conservatoire est une mission d’archivage, et de catalogage. L’idée première était de permettre l’accès des collections pour le public via un musée virtuel… toutefois devant la demande croissante, ils ont décidé d’ouvrir leurs locaux tous les jeudis après midi, et d’accepter les visites et groupes sur rendez-vous ! Visant une rigueur professionnelle, cette jeune institution patrimoniale ne se voit néanmoins pas comme un musée. En effet ils tendent à la désacralisation de l’objet, refusant de le cantonner derrière des vitrines, et à la possibilité pour le public de le manipuler (sans bien sûr réutiliser de vieilles seringues rouillées, ne divaguons pas !).

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Espace pharmacie

Inédit en Bretagne malgré quelques collections privées, le conservatoire a déjà atteint une renommée internationale puisqu’il collabore avec l’Italie et l’Espagne, de même qu’avec quelques conservatoires français tels que celui de Lille (dont il s’est inspiré).

L’exposition se divise en différentes parties, un espace consacré à la radiologie, une aux techniques d’analyse, une salle d’opération contenant moult outils chirurgicaux, un espace pharmacie et stérilisation, ainsi que des éléments de dentaire et d’ophtalmologie… et j’en oublie sûrement !

Le plus impressionnant est que la plupart des engins pourraient encore être utilisés, s’ils n’étaient pas totalement obsolètes ! Tout ce qui était réellement utile à été donné à des ONG, mais à voir donc, si l’apocalypse arrive en retard… En désespoir de cause nous saurons où aller ! D’autant que le conservatoire est à l’abri, au sous sol de l’Hôtel Dieu…

Seringue à cocaïne

Seringue à cocaïne

C’est au final un patrimoine matériel autant qu’immatériel puisque le conservatoire réunit maints objets, mais également des professionnels : parmi les 77 membres de l’association, on décompte 19 médecins, 40 hospitaliers, 16 extrahospitaliers, et 2 personnes morales. Autant dire qu’ils savent de quoi ils parlent ! Ils ont vu l’histoire avancer sous leurs yeux, et s’attachent à la transmettre de vive voix à tous les visiteurs qui s’aventurent dans leur antre. Les anecdotes et traits d’humour d’Annic’k Le Mescam et des 76 autres bénévoles sont là à vous attendre, prêt à lever le voile de la table d’opération et vous faire rentrer dans un monde méconnu, mais qui est au cœur de notre histoire. A voir absolument si on veut mourir moins bête, et ne pas se faire avoir la prochaine fois que votre docteur vous dira « non ce n’est rien, fermez les yeux tout va bien se passer ».

Pour plus d’informations, allez sur le site du Conservatoire du Patrimoine Hospitalier de Rennes

Resa au 06.63.02.57.42

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2 réponses à “Le patrimoine hospitalier exhumé à Rennes

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