Zone de Mouillages d’Intérêt Patrimonial.

Sinagot : n.c, habitant de la commune de Séné, département du Morbihan.

Sinago : n.c, bateau de pêche traditionnel, originaire de la commune de Séné dans le Morbihan.

Unique commune de France, semble-t-il,  où les bateaux portent le même nom que les habitants, Séné aborde fièrement l’image de son passé maritime. Bien avant de pénétrer dans la commune on aperçoit la silhouette de ces embarcations spécifiques du golfe du Morbihan, les sinagos.  Sur des panneaux, des enseignes ou encore des girouettes. A tel point que ces sinagos, ortographiés sans « t » lorsque l’on parle des bateaux, sont devenus les ambassadeurs de la petite mer. Et leur gréement à voile carrée reconnaissable à des milles à la ronde, a fait la renommée des pêcheurs Sinagots, (avec un « »).

Aujourd’hui, ces bateaux sont au nombre de sept. Sur ces sept unités, on compte 5 répliques et deux unités d’origine dont une classée aux monuments historiques. L’intérêt de la flottille des sinagos est double. D’un point de vue historique, les sept bateaux retracent l’évolution des techniques de pêche de la petite communauté ainsi que les avancées en termes de construction navale. Du « Souvenir », sorti des ateliers de l’Enfer à Douarnenez, sur des plans de la fin du XIXe siècle, au « Joli Vent » dernier sinago construit mais armé pour la plaisance, nous sommes à même de comprendre l’histoire de ces gens de mer. Sillonnant tout d’abord les eaux peu profondes de la petite mer, les sinagos ressemblaient au départ à de grosses chaloupes à fond plat, gréées avec des voiles carrées. La nécessité d’aller pêcher plus au large entraîna des modifications notoires dans la construction des bateaux. Ils s’élargirent, les plats bords devenant plus importants pour ne pas embarquer trop d’eau, et les marins apiquèrent leurs voiles pour une meilleure prise au vent. Le fait aujourd’hui que ces bateaux naviguent tous[1] permet d’expérimenter les différentes techniques de navigation et de comprendre réellement les avancées qui ont pu être faites par les constructeurs au fil du temps.

Ensuite, cette flottille doit être considérée aujourd’hui comme le témoin, non pas d’une époque, mais d’une longue histoire de mer et de marins, n’ayant jamais cessé d’exploiter les ressources du Golfe. Aujourd’hui encore Séné reste le dernier port de pêche du golfe du Morbihan. Les voiles ont laissé la place au moteur depuis les années soixante, mais l’activité est toujours là, se concentrant à Port-Anna, port construit ex-nihilo en 1955. Dans cette anse naturelle qui accueillait autrefois une flotte importante, les pêcheurs sinagots ont vu naitre des infrastructures portuaires idéales pour le développement de leur activité.

Un port patrimonial.

En juillet 2012, 20 ans après le premier concours qui vit renaitre les bateaux traditionnels[2], Port-Anna a été labélisé port patrimonial lors de la dernière fête maritime de Brest. L’activité, les manifestations, et la présence des bateaux traditionnels ont permis d’obtenir ce label. Et c’est justement sur ce dernier point que Port-Anna s’est distingué par la création en juin 2011 d’une zone de mouillage d’intérêt patrimonial. Cette action de valorisation qui consiste à regrouper quatre des sept derniers sinagos sur une même zone de mouillage peut paraitre anodine. Ce serait cependant omettre les difficultés rencontrées par les municipalités lorsque l’on touche à la question sensible des mouillages dans le Golfe. Et cette action, qui a mobilisé deux municipalités puisque les mouillages sur lesquels se trouvent les bateaux de la commune de Séné sont en réalité, géographiquement, sur la commune d’Arradon juste en face, prend alors une toute autre envergure dans les démarches de sauvegarde et de valorisation d’un patrimoine et d’une histoire.

Si Port-Anna reste le dernier port actif de la région, l’activité se réduit pourtant d’année en année. Seul douze bateaux sont armés pour la pêche aujourd’hui quand on en comptait à peu près cent cinquante au début du XXe et une quarantaine dans les années 70. L’ironie du sort veut que ces sinagos emblématiques mouillent aujourd’hui face à la dernière flottille de pêche du Golfe juste en face Port-Anna. Port qui à précipité la disparition de ces mêmes sinagos il y a 50 ans lorsque la commune installait un dépôt de carburant pour les embarcations motorisées.

Espérons seulement que la pêche perdure sur ce « port patrimonial », témoin d’une partie de l’histoire maritime du Golfe, et où des marins continuent à en écrire les pages.


[1] A l’exception du Souvenir qui se trouve dans les réserves du Port Musée de Douarnenez mais qui est en état de navigation, les six autres bateaux naviguent régulièrement.

[2]  « Bateaux de côtes et fleuves de France » Concours lancé en 1992 par le Chasse Marée lors de l’édition de Brest 2012

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