Le projet de centre d’interprétation du festival des Vieilles Charrues

L’association des Vieilles Charrues est décidément passée maître dans l’art de faire « monter la sauce ».  Alors que tous les fans et journalistes attendent impatiemment la programmation complète de l’édition 2012  du festival, ce sont les premiers visuels du futur centre d’interprétation des Vieilles Charrues que l’association a décidé de nous présenter.

Suite au concours lancé en été 2011 par l’Association des Vieilles Charrues et la Communauté de Communes de Carhaix, trois candidats ont présenté en janvier une esquisse d’aménagements architecturaux et scénographiques,  à partir d’un programme imaginé par l’agence Harmatan. C’est finalement l’agence parisienne Encore Heureux qui a remporté le marché à l’aide d’une esquisse que l’on peut découvrir sur le site du Télégramme de Brest, ici.

Une drôle d’idée, ce centre d’interprétation ouvert toute l’année pour un festival qui ne dure que quatre jours par an? Pas tant que ça, si on le compare au Musée de Bethelwoods qui traite du festival… de Woodstock. Ce festival mythique reste en effet une source d’inspiration pour les organisateurs du festival, mais également pour la ville de Carhaix, qui entretient depuis 2009 un projet de jumelage avec la ville de Woodstock. Sur le site internet du Musée de Bethelwoods, on découvre le propos de l’exposition permanente dédiée au festival de Woodstock. Après un espace d’introduction dans l’ambiance des années soixante et du festival via quelques vidéos, on présente aux visiteurs l’esprit de cette décennie et des thèmes majeurs qui ont marqué sa jeunesse: l’interdiction de toute discrimination liée notamment à la race ou à la couleur de peau, la Guerre Froide, la course à l’espace, le renouveau d’une certaine contre-culture. Par la suite, le visiteur découvre le festival de façon plus interactive, voire immersive : on lui propose d’expérimenter Woodstock, de ses moyens de transport à ses concerts. Pour finir, un espace est dédié à la perception de ce festival cinquante ans plus tard : on demandera aux visiteurs de laisser leurs impressions quant à cet héritage.

Si les festivals de Woodstock et des Vieilles Charrues ont certainement beaucoup de similarités, notamment en termes de localisation puisque les deux sites sont plutôt isolés, on peut se demander si les Vieilles Charrues ont déjà un héritage à transmettre. En effet, la création d’un centre d’interprétation implique de fait une certaine patrimonialisation du festival : d’actuel, il prend une dimension historique. La vingtaine d’années d’existence des Vieilles Charrues a-t-elle suffi à donner à ce centre d’interprétation un véritable contenu? La réponse est oui, puisque le festival a contribué à marquer le territoire de Carhaix, voire du Centre Finistère. D’un site déserté dans les années 1990 au profit des littoraux bretons, les organisateurs du festival des Vieilles Charrues ont fait le véritable centre de la Bretagne, ne serait-ce que quatre jours par an. Contribuant ainsi à l’essor économique de la région, désormais marquée physiquement par le monde de la musique (cf la magnifique sculpture à l’entrée de la ville, en photo ci-contre).

C’est entre autres cette évolution du pays du Kreiz Breizh grâce au festival des Vieilles Charrues que l’on espère pouvoir découvrir en 2014. Malheureusement, le titre du Télégramme de Brest « Un Futuroscope à la sauce Vieilles Charrues » ne laisse pas beaucoup de place à l’interprétation. Périscope géant, danse de gavotte, slam, traçage de sillon : l’accent est mis avant tout sur un ensemble de manipulations évoquant le parc d’attraction. Une sorte de festival hors festival… Mais veut-on vraiment faire les Vieilles Charrues en dehors du mois de juillet et dans un espace clos? Les réactions à cet article du Télégramme sont d’ailleurs étonnamment peu enthousiastes : mégalo, monumental, « un peu grandiose », et surtout, peu conforme à l’esprit des Vieilles Charrues… On espère donc que le futur centre d’interprétation révélera des ressources plus fournies qu’un espace purement immersif, et qu’il mettra en oeuvre les principes du festival : écologique, participatif, local avant tout (la devise des Vieilles Charrues : vivre et travailler au pays) et pas seulement tourné vers un tourisme de masse. Alors cet article du télégramme, mauvais coup de communication ou annonce d’un parc d’attraction qui ne dit pas son nom? En laissant aux Vieilles Charrues le bénéfice du doute, j’opterais quand même pour la première option… en attendant de découvrir le site!

En attendant d’aller visiter ce nouvel espace,  il faudra nous contenter de ces visuels (et ne manquez pas les commentaires qui les suivent) et d’une interview du maire de Carhaix et du président de l’association par Ouest France.

La comparaison avec le Musée de Woodstock a été faite car il s’agissait du seul projet comparable que je connaisse, mais je serais curieuse d’avoir d’autres exemples de projets similaires. Une petite visite vidéo pour le plaisir : 

Et enfin, par simple curiosité, vous pouvez également aller voir le projet concurrent du groupement Daniel Cléris + Jean-Michel Daubourg architectes mandataires + Les Crayons scénographes + CETRAC BET-TCE-économiste + GENERAL ACOUSTICS acousticien pour le Centre d’Interprétation des Vieilles Charrues.

 

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4 réponses à “Le projet de centre d’interprétation du festival des Vieilles Charrues

  1. Ce nouveau projet des Vielles Charrues semble très ambitieux. Et la diificulté sera bien de trouver un juste milieu entre parc d’attraction et parcours « historique » du festival. (20 ans c’est peu du coup) La comparaison avec Woodstock de la part des organisateurs semble cependant difficile. Peut on réellement comparer l’expérience des deux festivals, leur démarche, leur portée ? La vidéo du musée de Woodstock semble quand même nous proposer une vision bien plus large au niveau historique que la simple histoire du festival.

    En ce qui concerne la muséographie de la musique et du rock en particulier, je recommande l’ouvrage de Stéphane Malfettes « American Rock Trip » qui propose une plongée à travers les musées du Rock au Etats Unis et très bien résumé dans cette phrase…
    « Aussi peu rock’n’roll soit-il, l’arsenal muséal constitue aujourd’hui l’étape ultime du processus de sacralisation des mythologies populaires »

    http://www.zones-sensibles.org/index.php?mod=auteurs&a=03

  2. Effectivement on peut difficilement comparer les deux festivals en termes de portée… Par contre en ce qui concerne l’histoire, il y aurait en fait mille fois plus à raconter sur les Vieilles Charrues que sur Woodstock, puis Woodstock n’a eu lieu qu’une fois. Woodstock est maintenant historiquement coincé dans les sixties, tandis que les Vieilles Charrues accompagnent le développement breton depuis 20 ans.

    Ce que le musée de Woodstock a fait, c’est placer le festival dans un cadre international : évidemment, s’il raconte toute l’histoire des années 60 aux Etats-Unis et dans le Monde, il y a de quoi dire! Mais en fait, rien n’empêche le centre des Vieilles Charrues de faire la même chose. Je ne connais pas suffisamment l’histoire des années 80 pour faire des hypothèses, mais les Vieilles Charrues ne s’inscrivent pas uniquement dans un cadre finistèro-breton. Le festival a sûrement aussi à voir avec le phénomène de décentralisation français, de récession économique mondiale, que sais-je… En bref c’est un phénomène ancré dans une histoire aussi intéressante que celles des années 60.

    Ce qui est intéressant à voir, c’est que l’association veuille désormais se placer au même rang que ce festival de Woodstock et prenne ainsi l’initiative de transformer elle-même les Vieilles Charrues en mythe culturel (donc de les « sacraliser », comme le dirait Stéphane Malfettes), sans attendre en fait que cela se fasse tout seul, comme c’est le cas pour Woodstock. Par là, les Vieilles Charrues se créent une image (comme Woodstock qui reprend les peintures peace&love) sous forme de drapeau breton décliné à l’infini. C’est d’ailleurs ce qui me gêne le plus : pour attirer 35 000 personnes dès la première année, on n’hésite pas à figer une identité visuelle super bretonnante (voire un peu kitsch, mais chacun son idée sur le sujet).
    Donc mon idée était la suivante : soit le Centre d’Interprétation place le festival dans un cadre historique géographiquement large qui a évolué pendant 20 ans et éclaire le territoire de Carhaix, soit il se concentre sur le festival et la volonté de le faire revivre aux visiteurs de passage. Soit il s’adresse aux locaux ( et patrimonialise le festival), soit il s’adresse aux tourisme de masse (et crée du folklore). Malheureusement la mairie et l’association se sont plutôt prononcés en faveur de la folklorisation ; c’est aussi ce qu’on découvre en voyant cette façade en noir et blanc.

  3. Effectivement l’histoire du festival en lui-même sera beaucoup plus longue pour les Vielles Charrues, Woodstock ayant duré 4 jours. La grosse différence, à mon sens, c’est que Woodstock n’a pas une histoire mais est passé dans l’histoire au même titre qu’un événement politique, là où les Vielles Charrues auraient juste une liste d’artistes à s’être produit sur la scène, agrémentée de quelques anecdotes.
    Si la Bretagne est une terre de rock, et là-dessus je renvoie au très bon livre « Rock, 50 ans de musique électrifiée en Bretagne » je ne pense pas que les Vielles Charrues en soient le meilleur ambassadeur. Vouloir le sacraliser, qui plus est de la part des organisateurs eux-mêmes, apparait dès lors comme une initiative « légèrement » mégalo. Sentiment pleinement représenté dans cette tour à l’éphigie du Gwen Ha Du, sorte de nouveau « phare breton ».
    Si je devais aller au musée de Woodstock ce ne serait pas pour comprendre le festival en lui-même mais bien une époque, une histoire. Histoire que malheureusement je ne trouve ni dans le souvenir que je peux avoir des éditions auxquelles j’ai participé à Carhaix, ni dans l’histoire des années 90-2000 ou le festival aurait pu jouer un rôle, si ce n’est celui d’une grande fête.
    Certes c’est un grand festival, certes une pléiade d’artistes s’y sont croisés, mais l’idée de faire un temple du divertissement musical au milieu du centre Bretagne en l’honneur des Vielles Charrues ne me séduit en rien. (Et je mets au défi les gens d’aller danser la gavotte dans un simulateur..???)

  4. Au moins tu ne te fais pas disputer pour avoir marché sur les pieds de tous tes voisins 😉

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