Jours étranges

Jours étranges

Chorégraphies Dominique Bagouet

Jours étranges était un pari fou. Celui d’apprendre à des lycéens, une pièce du répertoire chorégraphique contemporain. Présenté au Triangle début mars 2012, ce fut un triomphe. Sous l’appellation de re-création, la pièce a été transmise à ces 11 adolescents (Leslie Degot, Annabelle Du Defrance, Alexis Hedouin, Eve Jacquet, Matéo Labrosse, Shankar Lestrehan, Sarah Montreuil, Isaac M’vemba, Melvin Nze-Egoune, Valentine Petitjean et Pauline Rip) par Catherine Legrand et Anne Karine Lescop, deux anciennes danseuses de la compagnie Bagouet et aujourd’hui « passeuses » des Cahiers Bagouet.

« Chorégraphe désormais « classique du XXème siècle », Dominique Bagouet est emblématique de cette génération de chorégraphes français la « Nouvelle danse française »  qui ont émergé dans les années 1980. Il a marqué l’histoire de la danse de ses chorégraphies à la fois graves et drôles, rigoureuses et inventives. Jours étranges interprétée sur la musique d’un célèbre album des Doors, Strange Days, est une plongée dans les souvenirs d’adolescence du chorégraphe, au cœur des états d’âme et de l’énergie liés à cette période de la vie, entre révolte et recherche de soi. L’écriture de cette pièce est aussi pour lui une remise en question de ses propres conventions de chorégraphe. Sur la proposition de Catherine Legrand et Anne-Karine Lescop, deux interprètes très proches du chorégraphe et de son œuvre, Jours étranges et Le Saut de l’ange seront recréés respectivement avec dix et quinze à trente adolescents rennais, fruit de près d’une saison de travail pour ces jeunes collégiens et lycéens ». Le Triangle cité de la danse

Ces jeunes n’étaient donc pas danseurs, bien que la plupart pratiquaient déjà en amateur différentes formes de danse. Sélectionnés pour leur qualité gestuelle, leur personnalité mais aussi leur engagement (ils ont travaillé hors temps scolaire et pendant les vacances), le résultat était bluffant : très à l’aise sur des mouvements techniques, mais aussi dans l’interprétation de leurs personnages, on ne savait plus s’ils jouaient un rôle décidé par Bagouet où si c’était eux, leurs identités, révélées par la danse. Car tous ces mouvements avaient été écrits pour d’autres ; cela était imperceptible. Ne connaissant pas la pièce avant, il m’était impossible de distinguer la part du chorégraphe et la part de la réinterprétation de ces jeunes. Toujours est-il qu’ils en ont fait une pièce criante de modernité et de véracité. Abordant les thèmes récurrents de l’adolescence, la découverte de la sexualité, l’amour, le rock, des personnages ce sont distingués pour nous donner tour à tour des émotions, de la folie, de la fragilité et de la joie. Le travail de Catherine Legrand et Anne-Karine Lescop n’en est que plus méritant. Non seulement il fallait retrouver les gestes, les intentions voulues par le chorégraphe, mais en plus il fallait donner de la place à chacun de ces êtres pour ne pas en faire que des pantins, les investir de ce qu’ils dansaient. Par moment, la patte de Bagouet s’imposait, dans ces diagonales à l’unisson, ces gestes drôles et bizarres issus du quotidien, ces grimaces et son humour si mordant, mais d’autres fois, souvent, on ne savait plus, et le chorégraphe disparaissait sous les mouvements inédits que provoquaient les danseurs. Une constante cependant, la musique de The Doors, toujours si actuelle, si prenante. Elle parlait déjà aux ados des années 80, elle n’a jamais aussi bien collé aux jeunes d’aujourd’hui.

L’intérêt de choisir des adolescents pour parler d’une pièce sur cette période de la vie me semblait risqué : trop jeunes, pas assez de maturité, manque de technique. A la vue du résultat, cela m’est devenu évident ; qui mieux qu’eux pouvait, dans leur authenticité, leur fraîcheur et leurs hésitations, camper ce passage délicat de l’enfance à l’âge adulte ?! Car devant nous, quand Bagouet voulait représenter les premiers émois entre un gars et une fille, eux ne le jouaient pas, ils le vivaient.

Une vraie leçon sur la danse et sur le fait d’être danseur plutôt que de le devenir.

Jours étranges en tournée

3 avril 20h30 Communauté de commune d’Ernée (Mayenne)

25 mai Le Triangle, cité de la danse (extrait)

26, 27 mai Le Grand R / La Roche s/Yon

http://www.dailymotion.com/video/x7szf1_ballet-du-grand-theatre-de-geneve-j_creation

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