Expoland – Ce que le parc fait au musée: ambivalence des formes de l’exposition

Dans une réflexion sur le rapport entre culture, loisirs et industrie culturelle,  Expoland – Ce que le parc fait au musée : ambivalence des formes de l’exposition souligne le glissement progressif de bon nombres de musées vers une logique d’exposition auparavant réservée aux parcs d’attractions.

Serge Chaumier, qui a dirigé cet ouvrage, définit ainsi le registre du parc :

« Le parc, lui, est manifestement du côté de la vision et de l’image. Son adresse est visuelle, il s’agit de surgir et de capter l’attention, le regard, par un défilement, un déferlement de propositions, d’images animées (…). La vitesse du renouvellement importe pour ne pas laisser le spectateur s’évader, le parc invente le plaisir du zapping. En mobilisant le corps du visiteur, il faut lui donner le vertige des sensations, en accaparant son regard, ne pas lui laisser le temps de s’évader dans une rêverie intérieure. »

On n’aura pas à chercher longtemps en quoi ce type de registre s’applique également à bon nombres de musées actuels. Scénographies immersives, sonores, ludiques, interactives font partie des bonnes recettes pour attirer un maximum de visiteurs vers les structures qui peuvent se les permettre.

Chaplin’s World – Scénographie : Les crayons

Maison de la Pierre – Scénographie : Scénovision

Exposition Océan, Cité des Sciences et de l’Industrie – déclenchement de la vidéo par détecteur de mouvement – Scénographie : Désordre

Avec ses collaborateurs François Mairesse, Claire Casedas, Noémie Drouguet, André Gob, Michèle Antoine, Jean-Michel Tobelem, Paul Werner et Joëlle le Marec, Serge Chaumier dresse un tableau plutôt pessimiste de l’actualité des « supermarchés culturels » actuels. Si l’on sort de cette lecture passablement démoralisé, c’est qu’il semble que pas un musée ne pourra sortir intact de cette évolution des représentations, du temple-musée vers le parc de divertissement sans contenu, du visiteur vers le consommateur, du médiateur vers le chargé de marketing.

On pourrait expliquer ce phénomène par l’évolution du tournant des années 1980, qui marque une diminution drastique de l’intervention publique : se développe alors ce que François Mairesse qualifie de « spectaculaire muséal« , qui « s’appuie sur les mécanismes du marché et sur la volonté de rejoindre le public le plus large possible« . Il s’agit désormais de montrer que le musée peut devenir un instrument de développement territorial.

C’est à la question du nivellement des valeurs de la culture que Serge Chaumier s’attaque dans un chapitre intitulé « La nouvelle muséologie mène-t-elle au parc? ». Dans les années 1960/1970, la Nouvelle Muséologie avait remis en cause un musée poussiéreux, tourné d’avantage vers ses collections que vers son public. Simultanément, un mouvement issu de l’anthropologie et des thèses de Bourdieu prenait une ampleur  considérable : la critique de l’élitisme de la Culture, présentée et conçue comme un tout, alors qu’elle n’était qu’une culture parmi d’autres, celle de la bourgeoisie, mène à la prise en compte de la culture de chacun, et surtout des différentes « identités » bafouées par l’universalisme de la 3e république ou par la colonisation. Dès lors, il ne s’agit plus de transmettre ou de démocratiser une culture élitiste ou savante à un peuple ignare, mais au contraire de valoriser la culture des différents groupes humains de la planète.

 » Dès lors, il était tentant de jeter le bébé avec l’eau du bain et de penser la culture savante comme imposition de classe et le renoncement aux contenus comme émancipation.(…) Puisque chaque individu était doté d’une culture, même le plus inculte ou le plus analphabète (…), l’institution pouvait se tourner vers d’autres missions que l’élévation du niveau culturel et participer à l’expression d’une nouvelle forme de savoir, plus déculpabilisée, plus ludique et plus en phase avec la demande de divertissement des publics ». 

Nécessités de résultats économiques, voire d’autofinancement, éléments de contenus que l’on peine à définir dans la crainte de tomber dans l’un des deux écueils nommés élitisme ou populisme : on se demande comment le monde des musées sortira de cette situation.

 Plus amusant peut-être, pour finir sur une touche positive : que penser de l’influence des musées sur les parcs d’attraction? Selon Jean-Michel Puydebat, 46% des visiteurs de parcs à thème sont présents dans une optique culturelle, 54% pour se divertir. Attention toutefois, parc à thème ne signifie pas Disneyland, mais fait référence, en vrac, au Futuroscope, au Puy-du-Fou ou à Vulcania… Ces parcs faisant appel aux mêmes types de professionnels (scientifiques, scénographes) que les musées, mais également aux mêmes types de médiations…

Voici qui me permet  de rebondir sur l’amusante expérience que ce fut d’entendre une fillette comparer un atelier pédagogique au très sérieux Musée de Normandie avec une attraction du parc Festyland (le trampoline est ici). Par curiosité, j’ai consulté un peu plus précisément le programme du parc. Au final, j’avais peut-être ri un peu vite : Festyland est partenaire du Paléospace l’Odyssée, organise une exposition temporaire tous les ans, et propose de faire rimer culture avec divertissement. Décidément, la confusion est totale.

Publicités

Une réponse à “Expoland – Ce que le parc fait au musée: ambivalence des formes de l’exposition

  1. Pourriez-vous corriger cette information érronée :
    « Exposition Océan, Cité des Sciences et de l’Industrie – déclenchement de la vidéo par détecteur de mouvement – Scénographie : Du&Ma et Désordre »
    Nous ne sommes pas les auteurs de cette scénographie.
    Merci,
    Du&Ma

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s