Phares… À Paris

On aurait pu croire que l’exposition "Phares" du Musée de la Marine de Paris serait en tous points semblable  à l’exposition permanente du Musée des Phares et Balises d’Ouessant, qu’on avait brièvement présentée ici. Mêmes éléments de collection, propos comparables, objectifs similaires… Et pourtant,  ces deux expositions n’ont presque rien en commun. Et pour cause : elles ont plus de vingt ans de différence.

C’est grâce à une prise de recul importante sur l’Histoire et le patrimoine des phares que le Musée de la Marine a pu proposer un angle de présentation original et réfléchi d’un thème qui n’a rien de nouveau. En effet, cette exposition chronologique aborde simultanément l’histoire de la construction des phares et celle de leurs représentations dans la peinture, les médias ou la littérature. Ainsi, elle rend visible l’évolution de la relation des phares à la sécurité maritime d’une part, au tourisme et au patrimoine de l’autre. Environ six cent objets et quelques manipulations didactiques illustrent ce propos intelligent, qui questionne à la fois le passé et l’avenir des phares en France.

@Agence N.C+ C. Album

©Agence N.C+ C. Album

Contrairement au Musée des Phares et Balises d’Ouessant, le musée de la Marine a fait le choix d’une scénographie contemporaine très présente, inégale selon les espaces. Ces aménagements scénographiques ont été proposés par l’agence N.C.

Un premier espace intitulé le "bal des optiques" ("L’approche d’un phare", en jaune sur le plan) sert de sas d’introduction à la visite.  Des optiques de phares tournent sur une estrade, éclairant ainsi les cloisons sur un fond de musique classique. Étonnant!

Les espaces qui suivent ("De Cordouan à Fresnel", en bleu ciel sur le plan), beaucoup plus classiques, présentent les premiers phares français (notamment Cordouan et le Stiff, présentés sous forme de maquettes) et les phares anglais et écossais de la même période. Peintures, aquarelles, mais également coupes et plans classiques illustrent ce contenu historique.

Le point d’orgue de la scénographie de "Phares" se situe à l’entrée du "Chenal" (en bleu foncé sur le plan). Une lanterne de phare a été placé face à un long couloir. Elle est divisée en trois zones colorées, servant ainsi à rendre compréhensible la notion de voie maritime. C’est cette voie maritime que le visiteur emprunte… Face à cette lanterne, de petites lampes vertes et rouges balisent le couloir central, qui dessert de petits espaces, étroits comme des phares. La suggestion du phare, tant en termes de graphisme qu’en scénographie, est omniprésente dans cet immense espace compartimenté. Toujours chronologiquement, l’exposition traite ici de la multiplication des phares en France au XIXe siècle, de l’industrie qui y est liée, puis du quotidien des gardiens de phare. En conclusion, "Phares" présente des objets commerciaux liés à la représentation actuelle des phares ainsi qu’un état des lieux des phares aujourd’hui :  dégradations ou remplois par le tourisme.

Peut-être à cause de la richesse de son contenu, le parcours de cette exposition ne se fait pas sans quelque difficulté. Tout d’abord, la signalétique directionnelle est discrète, or le parcours est très ordonné : difficile de contextualiser le propos, si l’on a commencé par le mauvais espace!  On sent donc un léger flottement parmi les visiteurs pénétrant dans l’espace du "chenal".  Par ailleurs, entre mythes, représentations artistiques, réalisations et constructions, on se perd parfois dans les niveaux de lecture. Ainsi, un phare peut être présenté simultanément en tant que réalisation technique, artistique (architecturale), source d’inspiration et copie d’un modèle ancien. Quelques aspects traités ont fait pour ma part figure de digressions : les phares écossais et anglais ou les fouilles archéologiques autour du phare d’Alexandrie sont effectivement des thèmes intéressants, mais qui font partie des "à côté" d’une exposition présentant par ailleurs un fil conducteur solide.

Pour conclure, l’exposition "Phares", parce qu’elle est didactique tout en étant suffisamment riche et profonde pour intéresser chaque visiteur, mériterait bien une tournée à travers la France  – peut-être en n’en gardant que l’essentiel? 

Pour découvrir cette expo, plus d’informations ici

Pour un autre point de vue sur l’exposition, essayez !

3 réponses à “Phares… À Paris

  1. Merci pour ces deux articles sur le patrimoine des phares et balises que tu écris en tant que spécialiste.
    La plus belle des images n’est-elle pas la vue du phare du Creach et de ses 16 faisceaux lumineux (si je ne me trompe pas) qui se perdent dans la nuit ?

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s